Le rapport 2021 du GIEC : une réponse mondiale à une situation d’urgence planétaire

« Changement climatique généralisé et rapide, d’intensité croissante » : cet avertissement fort résume les conclusions du dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), publié le 9 août 2021.

Dans un contexte marqué par un nombre record de feux de forêt en Grèce, en Turquie, en Italie et en Oregon aux États-Unis, des inondations généralisées en Allemagne et en Chine, des vagues de chaleur à Moscou et des chutes de neige à Madrid, le premier volume du sixième rapport d’évaluation du GIEC[1], intitulé Changement climatique 2021 : les éléments scientifiques, affirme que l’homme est à l’origine d’altérations multiples – et dans certains cas irréversibles – du climat dans différentes régions du monde.

À l’approche de la COP26, la conférence des Nations Unies sur le climat qui se tiendra à Glasgow en novembre 2021, le rapport du GIEC, qui était très attendu, recommande aux États d’opérer des changements concrets vers un mix énergétique plus vert et des modèles économiques bas-carbone. Sans actions concrètes, ces phénomènes climatiques extrêmes risqueraient de s’aggraver.

 

Il est probable que l’objectif de réchauffement de 1,5°C énoncé lors de la COP21 soit maintenant dépassé

Afin de limiter le réchauffement planétaire à moins de 2°C, le GIEC réaffirme qu’il faut réduire rapidement les émissions de gaz à effet de serre (GES) pour parvenir à des émissions nettes de CO2 nulles d’ici 2050, tout en réduisant drastiquement les émissions d’autres GES. En France, où le Président Emmanuel Macron a décrit le rapport comme étant « sans appel »[2], la question du climat est à l’ordre du jour de l’exécutif depuis des années. La France a joué un rôle clé dans la promotion de la neutralité carbone à l’échelle de l’Union Européenne (UE) pour 2050 et a œuvré en faveur de l’objectif de réduction des émissions nettes à au moins 55 % d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 1990, l’année de référence utilisée à l’échelle mondiale pour fixer les objectifs de réduction des émissions.

La France a promulgué la loi Climat et Résilience cet été. Bien que critiquée pour ne pas être à la hauteur des ambitions de la très médiatique Convention citoyenne pour le climat, cette loi a instauré de nouvelles mesures en matière de transport, de rénovation des logements, de production alimentaire et dans d’autres domaines de la vie quotidienne.

Disposant déjà d’un mix énergétique beaucoup moins carboné que ceux du Royaume-Uni ou de l’Allemagne par exemple, du fait notamment de ses capacités de production électrique d’origine nucléaire, la France a renforcé son arsenal législatif en ce qui concerne les énergies renouvelables pour :

  • aligner les objectifs régionaux sur la politique énergétique nationale en matière d’énergies renouvelables,
  • mettre en place des certificats biogaz,
  • renforcer l’obligation de végétaliser ou d’installer des systèmes de production d’énergie renouvelable lors de la construction et de la rénovation des bâtiments industriels et commerciaux,
  • et accorder des dérogations aux autorités administratives afin que ces dernières autorisent les installations de production d’énergie solaire sur les friches situées dans les zones côtières[3].

 

Mais est-ce suffisant et qu’est-il possible de faire afin d’accélérer l’adoption des énergies renouvelables ?

Selon Jean-Louis Bal, président du Syndicat des énergies renouvelables[4], la loi aurait pu aller plus loin en matière de production d’énergies renouvelables puisqu’elle s’appuie sur l’ancien objectif de réduction des émissions de 40 % d’ici 2030, et non de 55 %. Ce dernier objectif, explique-t-il, doit encore être ratifié par l’ensemble des 27 États membres avant d’être intégré à la loi.

Au Royaume-Uni, le Premier ministre Boris Johnson a répondu au rapport du GIEC en disant espérer qu’il pousserait le monde à prendre des mesures : « Nous savons ce qu’il faut faire pour limiter le réchauffement climatique – reléguer le charbon à l’histoire et passer à des sources d’énergie propres, protéger la nature et fournir un financement destiné à la lutte contre le changement climatique aux pays se trouvant en première ligne[5]. »

 

Quelles sont les ambitions affichées par le Royaume-Uni et l’Allemagne ?

En avril, le Royaume-Uni a annoncé son ambition de réduire ses émissions de GES de 68 % d’ici 2030 et de 78 % d’ici 2035, afin d’atteindre le zéro émission nette d’ici 2050, incluant pour la première fois les émissions de l’aviation et du transport maritime internationaux dans son budget carbone[6]. En 2020, l’électricité d’origine renouvelable y a dépassé pour la première fois celle issue de la production de combustibles fossiles. L’énergie renouvelable produite par le vent, le soleil, l’eau et le bois représente 42 % de l’électricité du pays, contre 41 % pour celle générée par les centrales à gaz et à charbon combinées[7].

Tom Burke, qui préside le laboratoire d’idées européen E3G, aurait déclaré que pour atteindre ses objectifs de réduction des émissions de GES, le Premier ministre devrait « axer sa politique sur l’efficacité énergétique, l’énergie éolienne et solaire, le stockage de l’électricité et la gestion du réseau »[8].

Touchée de son côté par des inondations record cette année, l’Allemagne – dont les dernières élections se sont jouées notamment sur les questions liées au changement climatique – reconnaît par ses réactions au rapport du GIEC les conséquences d’actions insuffisantes. La ministre fédérale de l’Environnement, Svenja Schulze, a déclaré : « Ce rapport indique clairement et sans équivoque que nous devons nous préparer à des événements climatiques météorologiques extrêmes de plus en plus nombreux en Allemagne. Ceux-ci ne vont pas disparaître, car nous ne pouvons pas inverser le changement climatique qui a déjà eu lieu. Nous pouvons cependant le ralentir. » Son collègue, le ministre du Développement Gerd Mueller, a ajouté : « Nous avons besoin d’un pacte vert mondial, avec d’énormes investissements privés afin de développer les énergies renouvelables, ainsi que des transferts de technologies et une offensive d’investissement de la part des pays industrialisés dans les pays émergents et en développement. »

Mueller a appelé la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, les banques de développement et l’UE à se mobiliser.

L’Allemagne elle-même est à la pointe des ambitions internationales sur les enjeux climatiques, après que la chancelière sortante Angela Merkel, baptisée « la chancelière du climat », a annoncé en mai la volonté du gouvernement allemand d’atteindre l’objectif de neutralité carbone en 2045, 5 ans plus tôt que prévu[9].

Ces ambitions sont soutenues par Energiewende, processus entériné par la loi en 2010 visant l’abandon des combustibles fossiles au profit d’un approvisionnement énergétique à faible teneur en carbone et respectueux de l’environnement. La transition a cependant connu des hauts et des bas. A la suite de la catastrophe de Fukushima en 2011 et à la décision subséquente d’éliminer progressivement l’énergie nucléaire, l’Allemagne a été contrainte de recourir plus fortement certaines années aux combustibles fossiles afin de pallier les pénuries d’énergie. Et si en 2020, la part des énergies renouvelables dans la production d’électricité en Allemagne est passée à 50,5 % (l’énergie éolienne a produit à elle seule plus d’un quart de l’électricité du pays[10]), la production éolienne a été faible au premier semestre 2021. Afin de compenser cette carence, il s’est avéré nécessaire de recourir au charbon, dont l’utilisation a progressé de 21 % par rapport à l’année précédente[11].

Bien que les ambitions fixées par les trois gouvernements aient été saluées par beaucoup, les mouvements d’opposition, les écologistes et certains climatologues ont critiqué les dirigeants de ces Etats pour leur inaction au-delà des discours. Seul l’avenir nous dira si le rapport du GIEC et la COP26 à Glasgow permettront d’initier des changements significatifs et, selon les termes du Président Macron, de « sceller un accord à la hauteur de l’urgence. »

 


[1] Le GIEC est l’organe des Nations unies chargé d’évaluer les données scientifiques relatives au changement climatique.

[2] Twitter Feed : https://twitter.com/EmmanuelMacron/status/1424762392639049729

[3] https://www.lexology.com/library/detail.aspx?g=8a7dfaba-03e8-4ab9-b9b8-2cedbe1eab07

[4] Le Syndicat des énergies renouvelables (SER) est un organisme français créé en 1993 afin de promouvoir les intérêts des industriels et des professionnels du secteur auprès des pouvoirs publics, du Parlement et de tous les organismes en charge de l’énergie, de l’industrie, de l’emploi, de l’environnement et de la recherche.

[5] https://www.gov.uk/government/news/uk-calls-for-greater-global-ambition-as-un-finds-world-warming-faster-than-previously-estimated

[6] https://www.gov.uk/government/news/uk-enshrines-new-target-in-law-to-slash-emissions-by-78-by-2035

[7] https://www.theguardian.com/environment/2021/jan/28/uk-electricity-from-renewables-outpaces-gas-and-coal-power

[8] https://www.bbc.co.uk/news/uk-politics-56807520

[9] https://www.cleanenergywire.org/news/germany-pull-forward-target-date-climate-neutrality-2045

[10] https://strom-report.de/germany-power-generation-2020/

[11] https://en.wikipedia.org/wiki/Energiewende

Voir également